
Récit de vie à Lyon : pourquoi raconter son histoire peut aider à mieux la comprendre ?

Florie FONTERME
Psychopraticienne · Lyon
Quand votre propre histoire vous échappe
Il arrive que nous connaissions parfaitement les événements de notre vie sans vraiment comprendre l’histoire que nous en avons construite.
Nous savons ce qui s’est passé : une enfance, des rencontres, des séparations, des choix professionnels, des réussites, des épreuves… Pourtant, un flou peut se manifester de différentes façons :
- Une impression de décalage entre qui vous êtes et ce que vous faites au quotidien
- Des questions qui reviennent sans réponse : « Pourquoi je réagis toujours comme ça ? », « D'où vient cette peur ? »
- Un sentiment diffus de ne pas se reconnaître dans son propre parcours
- Une fatigue à porter des fragments d'histoire sans jamais les relier entre eux
C’est là que le récit de vie peut devenir particulièrement intéressant. Car raconter son histoire ne consiste pas seulement à se souvenir. C’est aussi relier des événements, leur donner du sens et regarder son parcours depuis l’endroit où l’on se trouve aujourd’hui.
Qu’est-ce qu’un récit de vie ?
Un récit de vie est la manière dont une personne raconte et organise son expérience : les événements qu’elle retient, ceux auxquels elle accorde de l’importance, les liens qu’elle établit entre eux et le sens qu’elle leur donne.
Notre histoire ne se réduit donc pas à une succession de faits.
Entre « cela m’est arrivé » et « voilà ce que cet événement raconte de moi », il existe tout un travail d’interprétation.
C’est notamment ce que les Pratiques Narratives m’amènent à explorer dans mes accompagnements : nous pouvons parfois finir par regarder notre vie à travers quelques histoires devenues dominantes.
« Je n’ai jamais su trouver ma place. » « J’ai toujours dû me débrouiller seul. » « Je fais toujours les mauvais choix. »
Ces histoires ne sont pas nécessairement fausses. Mais elles peuvent être incomplètes. D’autres expériences, relations, ressources ou manières d’avoir traversé les événements peuvent être restées beaucoup moins racontées.
Ce que j'observe dans mes accompagnements
Quand je reçois des personnes à Lyon dans ce type de situation, je remarque souvent la même chose : les mots manquent au début. Pas parce que l'histoire est vide, mais parce qu'elle n'a jamais vraiment été mise en ordre. Les souvenirs existent, les émotions aussi, mais ils coexistent sans lien apparent, comme des pièces d'un puzzle éparpillées sur une table.
Mettre des mots sur ce que l'on a vécu, c'est déjà commencer à donner une forme à ce qui était informe. Et cette forme, même imparfaite, peut apporter un soulagement réel.
Lorsque nous racontons notre histoire à quelqu’un qui l’écoute véritablement, nous devenons aussi, d’une certaine manière, auditeur de notre propre récit.
Une phrase peut soudain nous surprendre.
Un lien entre deux périodes peut apparaître.
Une expérience que nous racontions depuis longtemps de la même manière peut prendre une autre couleur lorsqu’elle est replacée dans l’ensemble de notre parcours.
Et parfois une question vient ouvrir une perspective jusque-là peu explorée :
« Vous me racontez beaucoup ce que vous avez perdu pendant cette période. Qu’est-ce qui vous a permis de tenir ? »
La question ne vient pas nier la perte. Elle permet simplement de regarder également ce que l’histoire initiale avait laissé dans l’ombre.
Raconter ne change pas ce qui s’est passé. Mais cela peut modifier la relation que nous entretenons aujourd’hui avec ce qui s’est passé.
Ce que le récit de vie peut apporter
- Relier les points : comprendre pourquoi certaines situations se répètent
- Nommer ce qui était tu : mettre des mots sur des émotions longtemps ignorées
- Réorganiser la mémoire : donner un ordre là où il y avait du chaos
- Retrouver une cohérence : se reconnaître dans son propre parcours
Nous racontons tous notre vie depuis un présent qui évolue. Un événement vécu à 20 ans peut ne pas avoir le même sens lorsqu’on le raconte à 25, 45 ou 70 ans.
Il ne s’agit donc pas de retrouver une version définitive de votre histoire.
Il s’agit plutôt de pouvoir l’épaissir.
Aux côtés des blessures peuvent apparaître les ressources. À côté des échecs, les tentatives. Derrière certains choix, les valeurs qui comptaient alors. Et derrière une identité devenue évidente — « je suis comme ça » — peuvent réapparaître d’autres façons d’avoir été et d’être encore aujourd’hui.
C’est aussi une manière de retrouver progressivement une position d’auteur de son récit, plutôt que de se sentir uniquement défini par ce qui nous est arrivé.
Ecrire seul(e) ou être accompagné(e) ?
Écrire son histoire seul peut déjà constituer une expérience précieuse. Mais être accompagné introduit quelque chose de différent : un autre écoute, questionne, s’étonne et vous aide à explorer ce qui mérite peut-être d’être davantage raconté.
Dans mon activité de psychopraticienne et biographe à Lyon, le récit de vie occupe ainsi une place particulière et peut prendre deux chemins différents.
En psychothérapie, votre histoire peut être explorée lorsqu’elle permet de mieux comprendre ce que vous vivez aujourd’hui : certaines répétitions, relations, émotions ou manières de vous percevoir.
Dans l’autobiographie restaurative, le récit devient le cœur même de l’accompagnement. Vous racontez oralement votre parcours ; je recueille votre parole, vous questionne puis travaille à son écriture et à sa structuration. Progressivement, nous élaborons ensemble un récit dont vous restez pleinement l’auteur.
Cette démarche suit quatre mouvements qui structurent mon approche : se libérer, transformer, sublimer et restaurer.
L’objectif n’est pas d’effacer les passages douloureux ni d’en fabriquer une version plus positive. Il est de leur donner une place plus juste dans une histoire devenue plus large que ces seuls événements.
Vous pouvez ressentir le besoin de raconter votre histoire à l’occasion d’une transition, après une épreuve, pour transmettre votre parcours ou simplement parce que vous éprouvez le sentiment qu’il est temps de revenir sur certains chapitres de votre vie.
Il n’est pas nécessaire de savoir écrire ni même de savoir précisément par où commencer.
Je ne cherche pas à produire à votre place une explication de votre histoireà votre place une explication de votre histoire. Mon rôle est de vous accompagner à la raconter, l’interroger et l’enrichir afin que vous puissiez progressivement l’habiter autrement.
