
Après une rupture ou un deuil : retrouver du sens lorsque notre histoire est bouleversée

Florie FONTERME
Psychopraticienne · Lyon
Vivre, c’est aussi traverser une succession de petits deuils
Et si notre vie n’était, aussi, qu’une succession de petits deuils ?
Nous associons spontanément le mot deuil à la mort d’un être cher. Pourtant, chaque changement important nous confronte, d’une manière ou d’une autre, à la nécessité de laisser quelque chose derrière nous.
Quitter un lieu. Changer de travail. Voir ses enfants grandir et partir. Vieillir. Renoncer à un projet. Voir une amitié s’éloigner. Découvrir que notre corps ne nous permet plus certaines choses. Prendre une décision qui ferme d’autres possibles. Devenir parent et renoncer, en partie, à la vie d’avant. Même un changement profondément désiré peut comporter sa part de perte.
Parce que choisir une nouvelle direction, c’est aussi renoncer à celles que nous ne prendrons pas. Et devenir celui ou celle que nous sommes aujourd’hui suppose parfois de faire le deuil de celui ou celle que nous étions — ou que nous pensions devenir.
La plupart de ces petits deuils s’intègrent progressivement à notre histoire. Nous réorganisons nos habitudes, nos relations, nos projets et la représentation que nous avons de nous-mêmes.
Mais certaines pertes viennent bouleverser beaucoup plus profondément cette continuité.
C’est particulièrement le cas lors de la mort d’un être cher ou d’une rupture amoureuse.
Car ce qui disparaît alors n’est pas seulement une personne.
Disparaissent aussi une présence, des habitudes, une place dans la relation, des projets communs et parfois toute une représentation de l’avenir.
Nous devions vieillir ensemble. Je pensais qu’il ou elle serait là pour voir mes enfants grandir. Nous avions imaginé cette maison. J’étais sa fille, son conjoint, sa sœur, son ami.
Ce que nous avions imaginé n’aura pas lieu de cette manière.
Et c’est peut-être l’une des dimensions les plus douloureuses du deuil : nous ne perdons pas seulement une personne ou une relation, nous devons aussi faire le deuil d’une partie de l’histoire que nous pensions encore vivre avec elle.
Quand la perte bouleverse aussi notre identité
Après une rupture ou un décès, certaines personnes parlent bien sûr de tristesse et de manque. Mais elles évoquent également une profonde désorientation :
« Je ne sais plus très bien où j’en suis. »
« Je n’arrive plus à imaginer la suite. »
« Je ne sais plus qui je suis sans lui ou sans elle. »
Cela peut s’expliquer par la place que les relations occupent dans la construction de notre identité.
Nous ne nous définissons pas uniquement à partir de caractéristiques individuelles. Nous sommes aussi l’enfant de quelqu’un, le conjoint de quelqu’un, le parent, l’ami, celui avec qui l’on partageait tel rituel, tel projet ou telle histoire.
La perte vient alors parfois poser une question vertigineuse :
Qui suis-je maintenant que cette histoire ne peut plus continuer comme je l’avais imaginée ?
Faire son deuil ne signifie pas effacer la relation
C’est ici que l’approche narrative du deuil me paraît particulièrement précieuse.
Elle invite à sortir d’une représentation selon laquelle il faudrait progressivement se détacher de la personne perdue pour pouvoir continuer à vivre.
Après un décès notamment, la relation peut continuer à occuper une place dans notre histoire, mais sous une autre forme.
La personne n’est plus physiquement présente, mais ce qu’elle a transmis, les moments vécus ensemble, certaines paroles, des valeurs partagées ou même des manières de voir le monde peuvent continuer à nous accompagner.
On peut alors se demander :
Qu’est-ce que cette personne a rendu possible dans ma vie ? Qu’est-ce que ma relation avec elle dit de ce qui compte profondément pour moi ? Qu’a-t-elle vu en moi que je souhaite continuer à faire vivre ? Qu’est-ce que je porte aujourd’hui de cette histoire ?
Il ne s’agit pas de rendre la perte moins douloureuse ni de lui trouver artificiellement un aspect positif.
Il s’agit de permettre à l’histoire de la relation de ne pas être entièrement réduite à l’histoire de sa disparition.
Retrouver du sens ne signifie pas trouver une raison à la perte
« Donner du sens » au deuil peut parfois être une expression maladroite.
Certaines pertes sont absurdes, injustes ou simplement douloureuses. Il n’existe pas nécessairement une explication qui permettrait de les rendre acceptables.
Retrouver du sens signifie plutôt, ici, retrouver progressivement un fil entre ce qui a été vécu, ce qui demeure important pour soi et la vie qui continue.
En Pratiques Narratives, une question peut par exemple consister à rechercher ce que notre douleur révèle de ce à quoi nous accordons de la valeur.
Si l’absence est si douloureuse, de quoi cette douleur témoigne-t-elle ?
D’un amour ? D’un attachement ? D’une fidélité ? D’un besoin de lien ? D’une histoire partagée ? D’un projet auquel nous tenions profondément ?
La souffrance ne disparaît pas parce que nous répondons à ces questions. Mais elle peut progressivement être replacée dans une histoire plus vaste que celle de la seule perte.
Quand consulter après un deuil ou une rupture à Lyon ?
Il n’existe pas de délai à partir duquel il faudrait consulter.
Vous pouvez ressentir le besoin d’un accompagnement psychologique parce que la souffrance prend beaucoup de place, parce que votre sommeil ou votre quotidien sont durablement perturbés, parce que la culpabilité devient envahissante ou parce que vous avez l’impression de ne plus parvenir à vous projeter.
Mais vous pouvez également consulter simplement parce que vous ressentez le besoin d’un espace où raconter ce que cette perte vient bouleverser dans votre vie.
Dans mon cabinet de psychothérapie à Lyon, je reçois des adultes confrontés à des séparations, des deuils et différentes expériences de perte.
Mon travail n’est pas de vous aider à oublier, à « tourner la page » ou à atteindre plus rapidement une supposée dernière étape du deuil.
Il consiste plutôt à vous accompagner pour mettre des mots sur ce que vous traversez, comprendre ce que cette perte vient toucher dans votre histoire et retrouver progressivement les fils qui vous relient à ce qui compte encore pour vous.
Parce que continuer son histoire ne nécessite pas d’effacer ceux ou ce qui en ont fait partie.


