
Autobiographie restaurative à Lyon : revisiter votre histoire pour vous la réapproprier

Florie FONTERME
Psychopraticienne · Lyon
Il arrive que certaines histoires prennent beaucoup de place dans notre vie.
Une épreuve, un traumatisme, une séparation, une maladie, un deuil ou une période particulièrement difficile peuvent progressivement devenir l'histoire à travers laquelle nous nous racontons et nous définissons :
“Je suis celle à qui c'est arrivé” , “depuis cet événement, je ne suis plus le même”, “ma vie a basculé ce jour-là” …
À d'autres moments, ce n'est pas nécessairement la souffrance qui pousse à raconter. C'est le besoin de comprendre le chemin parcouru, mettre de l'ordre dans ses souvenirs, donner du sens à son histoire ou transmettre quelque chose de soi à ceux qui comptent.
C'est précisément dans cet espace que s'inscrit l'autobiographie restaurative.
Pourquoi ressent-on le besoin de raconter son histoire ?
Nous racontons tous notre vie.
Lorsque nous expliquons qui nous sommes, nous sélectionnons certains événements, établissons des liens entre eux et leur attribuons une signification. Peu à peu, certains récits prennent davantage de place que d'autres et participent à construire la représentation que nous avons de nous-mêmes.
Après une expérience particulièrement marquante, il arrive ainsi que toute une vie finisse par être relue à travers cette seule histoire.
Pourtant, aucune existence ne se résume à un événement.
À côté des blessures existent aussi des rencontres, des choix, des valeurs, des résistances, des ressources, des moments de joie, des bifurcations et parfois des pans entiers de notre parcours auxquels nous avons cessé de prêter attention.
Raconter son histoire peut alors permettre de retrouver la complexité d'une vie qui ne se réduit pas à ce qui nous est arrivé.
Qu'est-ce que l'autobiographie restaurative ?
L'autobiographie restaurative est un accompagnement au récit de vie, à la croisée de mon métier de biographe et de ma pratique de psychopraticienne.
Elle consiste à raconter votre parcours au cours d'entretiens individuels. Vous racontez ; je vous écoute, vous questionne et recueille votre parole. À partir de cette matière, j'écris et structure progressivement votre autobiographie.
Mais il ne s'agit pas seulement de produire le récit chronologique d'une existence.
Le travail consiste aussi à élaborer et épaissir votre histoire : revenir sur ce qui est resté implicite, remettre certains événements en relation, faire apparaître les personnes qui ont compté, mais aussi vos ressources, vos valeurs, vos actes de résistance et les expériences parfois laissées dans l'ombre.
Influencée notamment par les Pratiques Narratives, mon approche repose sur une conviction essentielle : nous sommes toujours plus que les histoires que nous racontons sur nous-mêmes et plus que ce qui nous est arrivé.
L'objectif n'est donc pas de fabriquer une version plus positive de votre passé. Les événements restent ce qu'ils ont été.
C'est la relation que vous entretenez avec votre histoire qui peut progressivement évoluer.
L'autobiographie restaurative en 4 étapes
Depuis plusieurs années, j'ai choisi de décrire ce cheminement autour de quatre mouvements : se libérer, transformer, sublimer et restaurer.
1. Se libérer : raconter et être entendu
Le premier mouvement est celui de la parole. Raconter permet de déposer ce qui a parfois été longtemps porté seul, de mettre des mots sur certaines expériences et de les adresser à quelqu'un qui les écoute.
Il ne s'agit pas de tout dire ni de tout raconter. Vous restez libre de ce que vous souhaitez faire entrer dans votre récit.
La présence d'un interlocuteur est essentielle : un récit de vie ne se construit pas seulement à partir de ce qui est raconté, mais aussi dans la relation à celui ou celle qui l'écoute.
2. Transformer : élaborer son récit de vie
Se libérer par la parole ne suffit pas toujours. Après le temps du dire vient celui de l'élaboration : relier les événements, interroger les évidences, expliciter ce qui ne l'était pas et donner une place à différentes dimensions de votre expérience.
Cette étape permet notamment de passer d'un récit parfois cathartique — centré sur ce qui a fait souffrir — à une histoire plus dense et plus complexe.
Vous ne changez pas ce qui s'est passé. Vous transformez la manière dont cette expérience peut prendre place dans l'ensemble de votre histoire.
3. Sublimer : transformer la parole en écriture
Votre parole devient progressivement un récit autobiographique écrit.
Mon travail de biographe consiste à rechercher les mots, le rythme et la structure permettant de restituer votre histoire tout en restant fidèle à votre voix.
Sublimer ne signifie pas embellir. Il s'agit plutôt de donner une forme à l'expérience et de faire apparaître l'ensemble du tableau : les failles et les épreuves, mais aussi les liens, les ressources et les « pans de lumière » qui appartiennent eux aussi à votre histoire.
Vous relisez chaque texte et restez pleinement décisionnaire de ce qui doit être précisé, corrigé, développé ou retiré.
4. Restaurer : se réapproprier son histoire
Progressivement, le récit existe en dehors de vous. Et cette matérialisation n'est pas anodine.
Lorsque l'accompagnement aboutit à la création d'un livre, votre histoire devient un objet extérieur à vous. Vous pouvez le prendre ou le laisser, l'ouvrir ou le fermer, revenir à une page particulière ou décider de ne pas le lire.
Cette mise à distance est à la fois réelle et symbolique. Le livre peut alors matérialiser quelque chose d'essentiel : vous avez une histoire, mais vous n'êtes pas seulement cette histoire.
Faut-il avoir vécu un traumatisme pour entreprendre une autobiographie restaurative ?
Non. Certaines personnes entreprennent ce travail après une épreuve importante ou parce qu'elles ressentent le besoin de ne plus être définies uniquement par ce qu'elles ont vécu.
D'autres viennent avec une motivation différente :
- comprendre le fil de leur parcours ;
- mettre des mots sur une période importante de leur vie ;
- raconter une histoire jusque-là peu ou jamais partagée ;
- donner du sens à certaines expériences ;
- laisser une trace de leur parcours ;
- transmettre leur histoire à leurs enfants ou à leurs proches ;
- disposer enfin du livre qu'elles portent parfois en elles depuis des années.
L'autobiographie restaurative ne s'adresse donc pas uniquement aux histoires traumatiques. Une vie n'a pas besoin d'être extraordinaire pour mériter d'être racontée.
Un exercice pour commencer
Si vous souhaitez expérimenter quelque chose dès maintenant, voici une invitation simple :
Prenez une feuille et notez trois moments de votre vie où vous vous êtes senti(e) pleinement vous-même — même brièvement, même dans des circonstances modestes. Accordez-vous 5 minutes par souvenir. Décrivez ce que vous faisiez, ce que vous ressentiez, qui vous étiez à ce moment-là.
Cet exercice ne vise pas à analyser. Il vise à rappeler à votre mémoire des ressources qui sont déjà là, souvent oubliées sous le poids du vécu difficile. Certaines personnes trouvent que cela leur procure un léger soulagement. D'autres y voient un point de départ pour aller plus loin.
