
Violences conjugales : les reconnaître et se reconstruire | Lyon

Florie FONTERME
Psychopraticienne · Lyon
Violences conjugales : comment les reconnaître et retrouver progressivement sa capacité d’agir ?
Les violences conjugales ne commencent pas toujours par un coup.
Elles peuvent s’installer progressivement : remarques qui rabaissent, critiques répétées, contrôle des fréquentations ou des dépenses, surveillance, menaces, intimidation, contraintes sexuelles, isolement…
Et peu à peu apparaissent parfois la peur, le doute et la culpabilité :
« Est-ce vraiment de la violence ? »
« Peut-être que j’exagère. »
« Si je n’avais pas dit ça, il ou elle ne se serait pas énervé(e). »
« Je devrais réussir à partir. »
Les violences conjugales peuvent être psychologiques, verbales, physiques, sexuelles, économiques ou administratives. Elles s’inscrivent dans une dynamique de contrôle et de domination d’un partenaire ou ex-partenaire sur l’autre.
Conflit de couple ou violence conjugale : quelle différence ?
Cette distinction est essentielle.
Dans un conflit, deux personnes peuvent être en désaccord, se mettre en colère ou mal communiquer. Nous pouvons alors nous intéresser à la dynamique relationnelle et à la manière dont chacun participe à l’échange.
Dans une situation de violence conjugale, il existe un rapport de pouvoir, de contrôle ou de domination. Une personne peut chercher à intimider, surveiller, isoler, humilier, contraindre ou agresser l’autre.
La question n’est donc plus simplement : « Comment mieux communiquer ? »
Et le travail psychothérapeutique ne consiste pas à rechercher la part de responsabilité de la personne victime dans la violence qu’elle subit.
Vous pouvez travailler sur ce que cette relation vous fait vivre sans devenir responsable des comportements de l’autre.
L’emprise : quand on finit par douter de ses propres repères
L’emprise peut s’installer progressivement dans certaines relations violentes.
Au fil des dévalorisations, des interdictions, des accusations, des menaces ou des alternances entre tensions et périodes d’apaisement, la personne peut perdre confiance dans ses propres perceptions.
Elle peut commencer à se demander :
« Est-ce que je me souviens bien de ce qui s’est passé ? »
« Est-ce que je suis trop sensible ? »
« Peut-être qu’il ou elle a raison. »
Ce processus permet de comprendre pourquoi une personne peut identifier certains comportements comme inacceptables tout en éprouvant de grandes difficultés à s’y opposer ou à partir.
L’emprise ne signifie pas une absence de volonté. Elle permet notamment de comprendre comment, dans une relation marquée par la domination, la marge de manœuvre d'une personne peut progressivement se réduire.
La peur : quand s’adapter devient une manière de se protéger
La peur n’est pas toujours spectaculaire.
Elle peut se glisser dans le quotidien :
« Dans quel état va-t-il rentrer ? »
« Comment lui dire ça sans provoquer de réaction ? »
« Je préfère ne pas répondre. »
« Je vais annuler, ce sera plus simple. »
La personne apprend parfois à observer le ton d’une voix, un regard, un silence ou une modification d’attitude afin d’anticiper ce qui pourrait arriver.
Elle peut alors se taire, céder, éviter certains sujets, modifier son comportement ou renoncer à certaines relations.
Ces conduites peuvent être perçues de l’extérieur comme de la passivité. Elles peuvent au contraire avoir une fonction de protection : dans un contexte menaçant, s’adapter peut être une manière de tenter de limiter le danger.
La culpabilité comme outil de contrôle
La culpabilité et les liens paradoxaux de l'attachement
L'attachement à une personne violente est un phénomène documenté. Les alternances entre moments de violence et moments de douceur — ce qu'on appelle parfois le « cycle de la violence » — créent des liens émotionnels puissants et paradoxaux. Le cerveau s'adapte à cette imprévisibilité. Il apprend à espérer les moments de répit.
Dans beaucoup de situations de violence, la culpabilité est activement entretenue par le partenaire violent :
« Tu m'as provoqué » « Tu vas détruire la famille » « Personne ne te croira »
Ces messages, répétés, finissent par s'intégrer comme des vérités. Se sentir coupable de la violence que l'on subit est l'un des effets les plus douloureux — et les plus courants — de l'emprise.
Ce que l’Analyse Transactionnelle peut apporter en psychothérapie
Dans ma pratique de psychopraticienne à Lyon, l’Analyse Transactionnelle me permet notamment de travailler sur la manière dont une personne retrouve progressivement ses propres perceptions, ses limites, ses besoins et ses possibilités de choix.
Il ne s’agit pas de rechercher dans son scénario de vie ce qui expliquerait qu’elle aurait « choisi » ou provoqué cette relation violente.
Cette précaution me paraît fondamentale.
Le travail peut plutôt consister à différencier progressivement :
Ce que je ressens VS ce que l’autre affirme que je devrais ressentir.
Ce dont je suis responsable VS ce qui appartient à l’autre.
Ce que j’accepte VS ce que je ne souhaite plus accepter.
Certaines permissions, au sens de l’Analyse Transactionnelle, peuvent alors retrouver toute leur importance :
J’ai le droit de croire ce que je perçois.
J’ai le droit d’avoir peur.
J’ai le droit de ne pas être d’accord.
J’ai le droit de dire non.
J’ai le droit d’être respecté(e).
J’ai le droit de demander de l’aide.
Le travail thérapeutique vise ainsi moins à dire à la personne ce qu’elle doit faire qu’à l’aider à retrouver suffisamment de sécurité intérieure et extérieure pour pouvoir à nouveau penser, sentir et choisir pour elle-même.
Se reconstruire après des violences conjugales
Même lorsque la relation est terminée, ses effets peuvent perdurer : peur, hypervigilance, culpabilité, perte de confiance, difficulté à poser des limites ou à faire confiance à nouveau.
La psychothérapie après des violences conjugales peut permettre de mettre des mots sur ce qui a été vécu, de comprendre certaines stratégies développées pour se protéger et de retrouver progressivement confiance dans ses perceptions et sa capacité d’agir.
Dans mon cabinet de psychothérapie à Lyon, ce travail se fait au rythme de la personne. Il ne s’agit pas de l’obliger à raconter immédiatement l’ensemble des violences ni de décider à sa place de la conduite à tenir.
Lorsque les violences sont toujours présentes, la psychothérapie ne remplace toutefois pas les dispositifs spécialisés permettant de travailler concrètement la sécurité, les droits, l’hébergement ou les démarches juridiques. Le 3919 – Violences Femmes Info permet notamment aux femmes victimes de violences d'être écoutées, informées et orientées. En cas de danger immédiat, les numéros d'urgence sont le 17 et le 112.

