
Deuil non reconnu : quand la perte ne trouve pas sa place

Florie FONTERME
Psychopraticienne · Lyon
Quand on souffre d'une perte que les autres ne reconnaissent pas
Toutes les pertes ne donnent pas lieu à des condoléances, à un rituel ou même à la reconnaissance de notre entourage.
Vous avez perdu quelque chose ou quelqu'un qui comptait profondément pour vous et, pourtant, personne ne semble mesurer ce que cette perte représente. Peut-être avez-vous même entendu : « Ce n'était qu'une relation », « Tu retrouveras quelqu'un », « Il faut tourner la page » ou « Ce n'est quand même pas un deuil ».
Le psychologue américain Kenneth Doka a proposé le concept de deuil non reconnu (disenfranchised grief) pour désigner des situations dans lesquelles une personne vit une perte qui ne peut pas être ouvertement reconnue, socialement validée ou publiquement pleurée.
La douleur existe. C'est sa légitimité sociale qui lui fait défaut.
Quelques exemples de pertes invisibles
- Nous associons spontanément le deuil à la mort d'un proche. Pourtant, nous pouvons avoir à faire le deuil de bien d'autres choses :
- une relation amoureuse ou une relation sans statut reconnu ;
- une amitié qui s'interrompt ;
- une grossesse interrompue ou un enfant qui ne viendra pas ;
- la mort d'un animal ;
- un emploi, un métier, une carrière ou un statut social ;
- un projet qui ne se réalisera pas ;
- un lieu que l'on quitte ;
- une relation compliquée avec une personne décédée ;
- une capacité physique ou une manière de vivre que l'on perd ;
- une représentation de soi ou de son avenir qui n'est plus possible.
Plus largement, nos vies sont faites de transformations et donc aussi d'une succession de petits et grands deuils. Grandir, choisir, renoncer, se séparer, déménager ou changer de vie implique souvent de laisser quelque chose derrière soi.
Toutes ces pertes ne provoquent évidemment pas un processus de deuil. Mais certaines peuvent nous affecter beaucoup plus profondément que notre entourage — et parfois que nous-mêmes — ne l'imaginions.
Pourquoi ces deuils pèsent autant
Lorsqu'une personne meurt, notre environnement culturel nous fournit généralement des mots et des rituels : annoncer la mort, se réunir, raconter la personne, célébrer des funérailles, recevoir des marques de soutien.
Dans un deuil non reconnu, ces appuis peuvent manquer.
La personne doit alors composer non seulement avec ce qu'elle a perdu, mais aussi avec le sentiment qu'elle ne devrait peut-être pas en souffrir autant.
Elle peut commencer à se dire :
« Je devrais être passé à autre chose. »
« D'autres vivent bien pire. »
« Je n'ai pas vraiment le droit d'être triste. »
« Pourquoi est-ce que cela me touche encore autant ? »
La souffrance risque alors d'être redoublée par une forme de disqualification de sa propre expérience.
Ce qui n'est pas reconnu par les autres peut devenir difficile à reconnaître soi-même.
C'est précisément ici qu'un espace thérapeutique peut avoir une fonction particulière : permettre que l'expérience soit racontée avant même de chercher à la résoudre.
Faire son deuil signifie-t-il vraiment “tourner la page” ?
Lorsqu'une personne meurt, notre environnement culturel nous fournit généralement des mots et des rituels : annoncer la mort, se réunir, raconter la personne, célébrer des funérailles, recevoir des marques de soutien.
Dans un deuil non reconnu, ces appuis peuvent manquer.
La personne doit alors composer non seulement avec ce qu'elle a perdu, mais aussi avec le sentiment qu'elle ne devrait peut-être pas en souffrir autant.
Elle peut commencer à se dire :
« Je devrais être passé à autre chose. »
« D'autres vivent bien pire. »
« Je n'ai pas vraiment le droit d'être triste. »
« Pourquoi est-ce que cela me touche encore autant ? »
La souffrance risque alors d'être redoublée par une forme de disqualification de sa propre expérience.
Ce qui n'est pas reconnu par les autres peut devenir difficile à reconnaître soi-même.
C'est précisément ici qu'un espace thérapeutique peut avoir une fonction particulière : permettre que l'expérience soit racontée avant même de chercher à la résoudre.
Faire son deuil signifie-t-il vraiment « tourner la page » ?
Nous parlons souvent du deuil comme d'un travail qui consisterait progressivement à se détacher : accepter la perte, tourner la page puis avancer.
Cette représentation peut parfois devenir elle-même contraignante. Que faire lorsque nous ne voulons pas oublier ? Lorsque la personne, la relation ou le projet perdu continue à compter ? Lorsque nous souhaitons avancer sans avoir le sentiment de trahir ce qui a existé ?
Les pratiques narratives proposent une autre manière d'aborder cette question.
Elles invitent notamment à ne pas considérer automatiquement que le chemin du deuil passe par l'effacement du lien. Il peut aussi s'agir de transformer la relation à ce qui a été perdu et de lui redonner une place différente dans notre histoire.
Une personne disparue peut continuer à vivre dans certaines de nos valeurs, dans une manière de regarder le monde, dans une phrase que nous utilisons, dans des choix que nous faisons ou dans ce que la relation nous a transmis.
De même, une relation terminée ou un projet abandonné peut avoir participé à construire la personne que nous sommes aujourd'hui.
La question peut alors se déplacer.
Plutôt que seulement demander : « Comment puis-je laisser cette histoire derrière moi ? », nous pouvons aussi nous demander :
« Comment puis-je continuer à vivre en donnant à cette histoire une place qui ne m'empêche pas d'avancer ? »
Raconter la perte pour comprendre ce qui comptait
Lorsqu'une personne meurt, notre environnement culturel nous fournit généralement des mots et des rituels : annoncer la mort, se réunir, raconter la personne, célébrer des funérailles, recevoir des marques de soutien.
Dans un deuil non reconnu, ces appuis peuvent manquer.
La personne doit alors composer non seulement avec ce qu'elle a perdu, mais aussi avec le sentiment qu'elle ne devrait peut-être pas en souffrir autant.
Elle peut commencer à se dire :
« Je devrais être passé à autre chose. »
« D'autres vivent bien pire. »
« Je n'ai pas vraiment le droit d'être triste. »
« Pourquoi est-ce que cela me touche encore autant ? »
La souffrance risque alors d'être redoublée par une forme de disqualification de sa propre expérience.
Ce qui n'est pas reconnu par les autres peut devenir difficile à reconnaître soi-même.
C'est précisément ici qu'un espace thérapeutique peut avoir une fonction particulière : permettre que l'expérience soit racontée avant même de chercher à la résoudre.
Faire son deuil signifie-t-il vraiment « tourner la page » ?
Nous parlons souvent du deuil comme d'un travail qui consisterait progressivement à se détacher : accepter la perte, tourner la page puis avancer.
Cette représentation peut parfois devenir elle-même contraignante. Que faire lorsque nous ne voulons pas oublier ? Lorsque la personne, la relation ou le projet perdu continue à compter ? Lorsque nous souhaitons avancer sans avoir le sentiment de trahir ce qui a existé ?
Les pratiques narratives proposent une autre manière d'aborder cette question.
Elles invitent notamment à ne pas considérer automatiquement que le chemin du deuil passe par l'effacement du lien. Il peut aussi s'agir de transformer la relation à ce qui a été perdu et de lui redonner une place différente dans notre histoire.
Une personne disparue peut continuer à vivre dans certaines de nos valeurs, dans une manière de regarder le monde, dans une phrase que nous utilisons, dans des choix que nous faisons ou dans ce que la relation nous a transmis.
De même, une relation terminée ou un projet abandonné peut avoir participé à construire la personne que nous sommes aujourd'hui.
La question peut alors se déplacer.
Plutôt que seulement demander : « Comment puis-je laisser cette histoire derrière moi ? », nous pouvons aussi nous demander :
« Comment puis-je continuer à vivre en donnant à cette histoire une place qui ne m'empêche pas d'avancer ? »
Raconter la perte pour comprendre ce qui comptait
C'est également ici que le récit de vie peut trouver sa place.
Raconter une perte ne consiste pas seulement à raconter ce que nous avons perdu. Cela permet aussi de faire apparaître pourquoi cela comptait autant.
Que représentait cette personne pour moi ? Quelle partie de moi pouvait exister dans cette relation ? Quels rêves étaient attachés à ce projet ? Qu'est-ce que cette période m'a apporté ? Qu'est-ce qui demeure aujourd'hui de ce lien ou de cette expérience ?
Cette exploration permet parfois de découvrir que derrière la douleur se trouvent des valeurs, des attachements et des aspects importants de notre identité.
La tristesse liée à la perte d'un emploi peut par exemple parler de reconnaissance, d'utilité ou d'appartenance. La douleur d'une relation terminée peut révéler combien la confiance, la complicité ou le sentiment d'être choisi comptaient. Le deuil d'un projet peut faire apparaître ce que celui-ci représentait de liberté, de transmission ou d'accomplissement.
Le travail thérapeutique ne consiste alors pas nécessairement à faire disparaître la perte, mais à permettre progressivement qu'elle trouve une place dans une histoire plus vaste qu'elle.
Un exercice : ce qui est perdu, ce qui demeure
Prenez une feuille et complétez spontanément ces quatre phrases :
Ce que j'ai perdu, c'est…
Puis :
Ce que cela représentait pour moi, c'était…
Ensuite :
Ce que cette personne, cette relation ou cette expérience a fait entrer dans ma vie, c'est…
Et enfin :
Ce que j'aimerais en conserver aujourd'hui, c'est…
Prenez quelques minutes pour observer ce qui apparaît.
La dernière question est importante : elle déplace doucement le regard de l'absence vers la trace. Elle ne nie ni la perte ni la douleur. Elle permet simplement de rechercher ce qui, malgré la disparition ou la séparation, continue éventuellement à participer à votre histoire.
Si l'exercice provoque une émotion trop intense, ne cherchez pas à poursuivre coûte que coûte. Vous pouvez y revenir plus tard ou choisir d'explorer cette histoire accompagné(e).
Quand consulter pour un deuil ou une perte difficile à traverser ?
Prenez une feuille et complétez spontanément ces quatre phrases :
Ce que j'ai perdu, c'est…
Puis :
Ce que cela représentait pour moi, c'était…
Ensuite :
Ce que cette personne, cette relation ou cette expérience a fait entrer dans ma vie, c'est…
Et enfin :
Ce que j'aimerais en conserver aujourd'hui, c'est…
Prenez quelques minutes pour observer ce qui apparaît.
La dernière question est importante : elle déplace doucement le regard de l'absence vers la trace. Elle ne nie ni la perte ni la douleur. Elle permet simplement de rechercher ce qui, malgré la disparition ou la séparation, continue éventuellement à participer à votre histoire.
Si l'exercice provoque une émotion trop intense, ne cherchez pas à poursuivre coûte que coûte. Vous pouvez y revenir plus tard ou choisir d'explorer cette histoire accompagné(e).
Quand consulter pour un deuil ou une perte difficile à traverser ?
Il n'existe pas de durée universelle au-delà de laquelle un deuil deviendrait anormal. Chaque perte s'inscrit dans une histoire, une relation et un contexte particuliers.
Vous pouvez néanmoins ressentir le besoin d'être accompagné si :
- vous avez l'impression que personne ne comprend réellement ce que vous avez perdu ;
- vous minimisez votre souffrance ou vous sentez coupable de ressentir encore certaines émotions ;
- la perte occupe une place importante dans votre quotidien, vos relations ou vos pensées ;
- vous évitez tout ce qui pourrait vous la rappeler ;
- vous avez le sentiment d'être resté(e) figé(e) dans cette histoire ;
- vous souhaitez avancer mais avez peur qu'avancer signifie oublier, abandonner ou trahir.
Psychothérapie et accompagnement du deuil à Lyon
Prenez une feuille et complétez spontanément ces quatre phrases :
Ce que j'ai perdu, c'est…
Puis :
Ce que cela représentait pour moi, c'était…
Ensuite :
Ce que cette personne, cette relation ou cette expérience a fait entrer dans ma vie, c'est…
Et enfin :
Ce que j'aimerais en conserver aujourd'hui, c'est…
Prenez quelques minutes pour observer ce qui apparaît.
La dernière question est importante : elle déplace doucement le regard de l'absence vers la trace. Elle ne nie ni la perte ni la douleur. Elle permet simplement de rechercher ce qui, malgré la disparition ou la séparation, continue éventuellement à participer à votre histoire.
Si l'exercice provoque une émotion trop intense, ne cherchez pas à poursuivre coûte que coûte. Vous pouvez y revenir plus tard ou choisir d'explorer cette histoire accompagné(e).
Quand consulter pour un deuil ou une perte difficile à traverser ?
Il n'existe pas de durée universelle au-delà de laquelle un deuil deviendrait anormal. Chaque perte s'inscrit dans une histoire, une relation et un contexte particuliers.
Vous pouvez néanmoins ressentir le besoin d'être accompagné si :
- vous avez l'impression que personne ne comprend réellement ce que vous avez perdu ;
- vous minimisez votre souffrance ou vous sentez coupable de ressentir encore certaines émotions ;
- la perte occupe une place importante dans votre quotidien, vos relations ou vos pensées ;
- vous évitez tout ce qui pourrait vous la rappeler ;
- vous avez le sentiment d'être resté(e) figé(e) dans cette histoire ;
- vous souhaitez avancer mais avez peur qu'avancer signifie oublier, abandonner ou trahir.
Psychothérapie et accompagnement du deuil à Lyon
Dans mon cabinet de psychothérapie à Lyon, j'accompagne notamment des personnes confrontées à des séparations, des pertes, des deuils ou des transitions de vie.
Mon approche s'appuie notamment sur les pratiques narratives et le récit de vie. Il ne s'agit pas de vous imposer une manière de « faire votre deuil », ni de vous demander de tourner la page.
Nous pouvons au contraire commencer par reconnaître ce qui a existé, comprendre pourquoi cela comptait, explorer ce que cette expérience raconte de vous et chercher progressivement quelle place vous souhaitez lui donner dans la suite de votre histoire.
Parce qu'avancer ne signifie pas nécessairement oublier.
Parfois, il s'agit plutôt d'apprendre à continuer autrement.


