
Secrets de famille : comment les non-dits pèsent sur notre histoire

Florie FONTERME
Psychopraticienne · Lyon
Quand le silence fait partie de la famille
Le repas de famille se fige quand un prénom est prononcé. Une photo manque dans l'album. Une date n'est jamais mentionnée, et vous avez appris, sans qu'on vous l'explique, à ne pas poser la question.
Ce sentiment de savoir sans savoir est plus courant qu'on ne le croit. Beaucoup de personnes me décrivent une impression diffuse : quelque chose manque à l'histoire, sans qu'elles puissent dire quoi.
Ce que recouvre un secret de famille
Un secret n'est pas toujours spectaculaire. Il peut s'agir de :
- un deuil dont on ne parle pas (enfant mort-né, décès brutal, suicide) ;
- une naissance entourée de flou (filiation, adoption, grossesse cachée) ;
- une séparation, une maladie ou une faillite passées sous silence ;
- un exil, un passé de guerre ou de honte que l'on a préféré taire.
Le non-dit, lui, est plus discret : un sujet que tout le monde évite sans qu'aucune règle n'ait jamais été énoncée.
Pourquoi le silence se remarque
Il est bien établi que les enfants sont très attentifs au climat émotionnel qui les entoure : un changement de ton, un regard échangé, une conversation qui s'arrête à leur arrivée. Faute d'explication, ils construisent souvent leur propre version des faits, parfois plus sévère que la réalité. Certains en viennent à penser que c'est de leur faute, ou que le sujet est dangereux.
Quant à la transmission de ces silences d'une génération à l'autre, les avis divergent. Je ne peux pas vous dire qu'un secret « provoque » telle difficulté. Ce que j'observe, en revanche, c'est que certaines personnes se sentent plus légères lorsqu'elles peuvent enfin mettre des mots sur ce qu'elles pressentaient.
Écrire son récit pour retrouver sa place
L'autobiographie restaurative consiste à écrire son histoire de vie avec un accompagnement, afin de la relire autrement. Il ne s'agit pas de mener l'enquête à tout prix, ni de forcer une vérité que personne ne souhaite livrer.
L'objectif est plus modeste : distinguer ce que vous savez, ce que vous avez ressenti et ce que vous avez imaginé. Poser tout cela sur le papier peut contribuer à donner de l'espace à votre propre point de vue.
Une histoire que l'on n'a pas le droit de raconter reste souvent une histoire que l'on n'a pas encore pu s'approprier.
Exercice : la frise des silences (20 minutes)
Prévoyez une feuille, un stylo et un endroit au calme. Vous pouvez vous arrêter à tout moment.
- Tracez la frise (5 minutes). Dessinez une ligne horizontale de votre naissance à aujourd'hui. Placez dessus 5 à 8 événements familiaux dont on parlait peu ou pas du tout.
- Faites trois colonnes (5 minutes). Pour deux événements seulement, notez : ce que je sais de façon sûre, ce que j'ai ressenti à l'époque, ce que j'ai imaginé pour combler le vide.
- Écrivez librement (8 minutes). Commencez par la phrase « Dans ma famille, on ne parlait pas de… » et continuez sans vous relire, sans chercher le beau style.
- Terminez en douceur (2 minutes). Posez le stylo, les deux pieds au sol. Inspirez 4 secondes, expirez 6 secondes, trois fois de suite.
Quelques repères de prudence
- Choisissez d'abord un souvenir peu chargé plutôt que le plus douloureux.
- Ce que vous écrivez vous appartient : rien ne vous oblige à le montrer ni à confronter un proche.
- Si l'émotion devient trop forte, arrêtez-vous, marchez un peu, parlez à une personne de confiance.
Cet exercice est une piste de réflexion personnelle. Il ne remplace pas un suivi par un professionnel de santé.
Quand consulter ?
Vous vous reconnaissez peut-être dans l'un de ces constats :
- vous ressentez un malaise récurrent autour de certains sujets familiaux ;
- vous avez l'impression que votre histoire est pleine de trous ;
- vous cherchez à comprendre d'où vient un sentiment de décalage, de loyauté ou de culpabilité ;
- une naissance, un deuil ou une découverte récente a rouvert des questions anciennes.
À mon cabinet de Lyon, je vous accompagne par l'écriture, à votre rythme et sans jamais vous pousser à dévoiler ce que vous n'êtes pas prête à aborder en ma présence. Nous prenons le temps d'installer un cadre sécurisant avant d'ouvrir quoi que ce soit.
Mon accompagnement ne se substitue pas à un suivi médical ou psychologique. Si votre souffrance est intense, si votre sommeil ou votre quotidien en pâtissent, il est recommandé de consulter un médecin ou un psychologue. En cas de détresse aiguë ou de pensées suicidaires, vous pouvez appeler le 3114, joignable 24 h/24.



