La place des récits dans nos vies

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Le rendez-vous était donné le 22 janvier dernier au Trait d’Union, un café associatif du 9e arrondissement de Lyon.

L’intention était claire : parler de la place que les récits occupent dans nos vies.

Quand je parle de récits, je fais référence aux récits sociétaux (ceux qui disent « il faut réussir sa vie de famille, sa vie professionnelle, et sa vie personnelle »), aux récits familiaux (ceux qui disent que « dans la famille, on a toujours fait comme ça… »), mais je fais aussi référence aux histoires que d’autres racontent à notre propos (« tu as toujours été timide ») et à celles que l’on se raconte à soi-même (« ce n’est pas fait pour moi »).

L’être humain se raconte des histoires depuis la nuit des temps, rien d’anormal à cela. Mais parmi tous les récits qui nous entourent, si certains nous portent, d’autres nous enferment.

L’objectif de la conférence était donc le suivant : identifier les récits sur lesquels les participants se sont construits (leurs origines, leurs fonctions…) et repartir avec des conseils concrets pour faire émerger ce que l’on appelle leurs « récits d’exception », ceux qu »ils ont pu oublier et qui sont pourtant fondateur de leur identité.

Pourquoi parler de récits ?

Nous sommes tous faits d’histoires.
Pas seulement de faits, de dates ou d’événements, mais de récits : ces manières uniques que nous avons de donner du sens à ce qui nous est arrivé, de le raconter – à nous-mêmes ou aux autres.

Raconter, ce n’est jamais neutre.
C’est faire exister quelque chose, y mettre un sens, une subjectivité. C’est garder une trace et affirmer une position. C’est aussi, souvent, un acte identitaire puissant.

Qu’est-ce qu’un récit ?

Un récit, c’est une construction.
C’est une sélection d’événements parmi d’autres, ordonnés dans une chronologie, articulés autour d’un sens. Ce n’est pas une simple suite de faits : c’est une interprétation du réel, toujours teintée de subjectivité.

Nos récits s’ancrent dans différentes sphères de nos vies :

  • Historiques (nos contextes d’origine)
  • Sociaux (les normes qui nous entourent)
  • Familiaux (ce qui se dit et se tait dans notre lignée)
  • Professionnels (notre place dans les collectifs)
  • Personnels (ce que nous croyons être)

L’identité, loin d’être une essence figée, se construit sous la forme d’un récit personnel.
Ce que les autres disent de nous, ce que l’on croit devoir être, ce que l’on dit de soi-même… tout cela façonne la personne que nous croyons être.

« Tu es trop sensible. »
« Je suis timide. »
« Dans notre famille, on ne montre pas ses émotions. »

Ces phrases, souvent anodines en apparence, deviennent des repères identitaires puissants, qu’ils soient soutenants ou limitants.

Entre histoires dominantes et histoires préférées

Nous avons tendance à porter en nous des histoires dominantes : celles qui prennent toute la place, qui nous enferment dans un rôle.
Par exemple : « Je ne sais pas décider »
Mais cela peut cohabiter avec d’autres histoires, souvent oubliées : « Je suis courageuse. », « Je n’ai pas froid aux yeux. »

Parmi les formes de récits que je travaille en thérapie ou en accompagnement biographique, on retrouve :

  • Les histoires dominantes
  • Les histoires de problèmes
  • Les histoires d’exceptions (où vous avez agi autrement)
  • Les histoires préférées (celles que vous aimeriez vivre davantage)

L’objectif est de faire émerger ces voix alternatives, souvent passées sous silence, pour rééquilibrer le regard que l’on porte sur soi.

Comment redevenir auteur ?

Voici trois leviers concrets que je propose dans mes accompagnements et dans mes conférences :

1. Externaliser le problème

“La personne, c’est la personne. Le problème, c’est le problème.”

Il ne s’agit pas de nier ce qui est douloureux, mais de dissocier son être de ses difficultés.
On n’est pas la maladie, l’échec, la colère. On est une personne qui traverse, qui lutte, qui apprend.

2. Comprendre le contexte élargi

Interroger les injonctions :

  • D’où viennent les “il faut que je sois comme ci” ?
  • Qui a intérêt à ce que je croie cela ?
  • Est-ce encore vrai aujourd’hui ?

Déconstruire les récits dominants, c’est ouvrir un espace critique pour faire émerger de nouvelles possibilités de soi.

3. Pratiquer l’autobiographie restaurative

Ce processus permet de :

  • Libérer des blessures anciennes,
  • Transformer son regard sur soi,
  • Sublimer les récits de vie pour en faire une ressource,
  • Restaurer les liens à son histoire.

En conclusion

Se raconter, c’est faire des choix.
C’est dire ce qu’on veut garder, transmettre, ou au contraire laisser derrière soi. C’est prendre le risque de s’écouter vraiment.

Parfois, cela demande du temps.
Mais c’est une démarche précieuse, qui peut réparer, valoriser, réconcilier.

Et vous ?

Quelle est l’histoire que vous vous racontez encore, et qui ne vous rend pas justice ?
Quelle histoire mériterait d’être ramenée à la lumière ?

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