L’autobiographie restaurative – Etape 2 : transformer

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« L’écriture autobiographique est fondamentalement réparatrice. Elle suppose au départ un consentement à soi, qui exclut l’éventualité d’un bilan vraiment négatif. Et procure, à l’arrivée, le sentiment d’avoir repris en main sa destinée, d’en avoir démêlé les fils, réglé les comptes, d’en être devenu l’auteur. »

[Philippe LEJEUNE, cofondateur de l’Association pour l’autobiographie et le patrimoine autobiographique]

Si la démarche autobiographique permet assurément de se libérer du poids de son vécu, l’autobiographie restaurative va plus loin en donnant l’occasion à son narrateur de transformer l’expérience traumatique ou émotionnellement impactante en lui donnant un sens.

A travers le témoignage, le petit traité de philosophie, l’explicatif, ou encore la sensibilisation, chacun y trouve un moyen de transformer ce qu’il a vécu pour ne plus le subir, mais lui donner une finalité. Transformer, c’est rendre quelque chose différent. Et les transformations sont nombreuses pour celui qui souhaite vivre autrement sa vie.

Devenir acteur de son histoire

La première des transformations possibles concerne le rôle que la personne victime est invitée à prendre dans le processus autobiographique. En tant que narratrice, elle devient autrice – actrice de son histoire. Cette dernière, jusqu’à présent subie ou tue, devient la matière première d’une démarche qui consiste à créer en révélant. Tout au long des entretiens, le narrateur choisit sa vérité et ce qu’il veut raconter (selon le principe du pacte autobiographique de Philippe LEJEUNE, définit comme étant l’engagement que prend un auteur de raconter directement tout ou partie sa vie dans un esprit de vérité (en opposition au pacte de fiction)). Il devient seul maître de son récit et reprend ainsi le pouvoir de sa vie.

Symboliquement, il choisit de ne pas laisser son vécu dans l’ombre, mais de le rendre public pour pouvoir lui donner une utilité, une raison d’être, une forme de légitimité.

Ainsi, il ne s’agit pas seulement de raconter ou d’exprimer l’indicible, mais ensuite de l’élaborer pour le rendre lisible et compréhensible par d’autres. L’implicite est explicité, les émotions sont extériorisées, la pensée est structurée et le parcours de vie est ainsi revisité pour pouvoir être expliqué.

Trouver un sens à son vécu

Pour beaucoup, la démarche autobiographique est déclenchée par l’envie de transformer ce vécu en quelque chose d’utile.

Pour les autres d’abord. Pour témoigner auprès des personnes qui n’ont pas encore franchi le pas de la reconstruction du fait qu’une autre vie est possible. Pour guider les personnes qui ne savent pas quel chemin prendre vers des professionnels de santé ou des associations qui se sont avérés des ressources. Pour expliquer aux proches une vérité que certains n’auront pas voulu voir, afin de leur permettre de comprendre et de désormais trouver leur place dans l’accompagnement. Pour révéler à qui veut le lire, les méandres d’une vie que beaucoup sont loin de soupçonner.

Pour soi ensuite. En filigrane, au fur et à mesure de l’accompagnement, le narrateur prend conscience des ressources qu’il a su mobiliser pour s’échapper d’un schéma destructeur. Sa propre vision de lui-même se transforme alors avec indulgence, pour lui permettre de se percevoir autrement qu’en tant que victime qui a été abusée, mais aussi comme un survivant.  

Paroles de transformations

« Je veux offrir une meilleure visibilité sur mon histoire familiale », « Je crois au pouvoir des mots », « On peut casser le cercle », « Je ne veux pas rester là-dedans », « Nous sommes les messagers : vous pourrez à votre tour le dire et le répéter », « Je veux que les gens sachent », « Je veux tourner la page de la violence », « J’ai le devoir de témoigner, pour que ce que j’ai vécu ne serve pas à rien », « Au pire, ça risque de sauver quelqu’un », « Ce qui est dehors n’est plus dedans », « Quand l’écriture travaille les choses, ça les transforme », « Je raconte, pour que ça existe un peu moins en moi », « Écrire est un exutoire » , « Je suis à un tournant de ma vie, et j’ai besoin d’aller au bout de mon histoire » , « Écrire c’est guérir »

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